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Février

Le fantasme d’un autre siècle …

Je dis parfois que je ne suis pas née dans le bon siècle. Je me dis ça depuis que je suis adolescente !

Les récits d’aventures des premiers naturalistes, les histoires de découvertes de nouveaux mondes m’ont toujours fait rêver. Tomber sur un nouvel endroit, une flore et une faune inconnue à découvrir, observer, étudier, récolter (seulement les végétaux), collectionner, dessiner ! Le temps loooong des voyages d’avant qui permettaient sûrement de prendre tout son temps. Je fantasme bien évidemment sur un temps infini pour pouvoir dessiner.

Je suis régulièrement dans la frustration d’être très longue dans mes créations. Que ce soit pour l’aquarelle botanique ou pour mes dessins je passe tellement de temps à faire les détails que je ne peux pas être super productive. Je ne peux pas faire une grande quantité d’illustrations, je suis toujours limitée par mon propre rythme. Parfois il m’arrive de ne pas me sentir à ma place, de ne pas être adaptée au monde d’aujourd’hui.

En vrai, rien de grave, mon rythme, c’est mon rythme, j’aime ce que je fais et je suis heureuse de passer autant de temps sur chaque dessin. Heureusement car je ne sais pas faire autrement !

Mais dans le monde et les sociétés dans lesquels on vit, tout va vite, tout est quantité et presque tout est accessible à tous les prix. Et là, je ne me sens pas à ma place. Je ne peux pas aller plus vite, faire plus et vendre moins cher. J’essaye de trouver des solutions et d’être créative mais pour l’instant, je n’ai pas trouvé ma solution miracle. Alors, je continue de prospecter, d’essayer, de tester et ça aussi ça prend du temps.

En attendant de trouver, ou pas, ma ou mes solutions miracles, je suis quand même ravie de vivre aujourd’hui et je sais bien que mes envies de voyage des siècles passés ne sont que des fantasmes. Voyager des mois sur un bateau en mer, au milieu des rats, des maladies et des intempéries… Sans être sûre de pouvoir rentrer un jour  à la maison… Ça me fait déjà moins rêver !

Alors que la magie d’internet, par exemple, permet tellement de jolies choses comme de pouvoir vous parler régulièrement peu importe où je suis sur terre, monter de beaux projets et partager mes dessins avec le monde entier. En ce moment, une de mes amies est en Gambie et elle fait des ateliers coloriage avec mes dessins de baobab dans les villages qu’elle a traversé. Tous ces partages sont faciles et possibles en 2022 mais l’auraient été beaucoup moins au 19ième siècle.

Et toi est-ce qu’il y a des moments où tu ne te sens pas à ta place, à ton époque, ou peut-être que tu fantasmes d’être ailleurs dans l’espace ou dans le temps ?

Histoires de carnets

Je sors de quelques semaines d’écriture, ce n’est pas fini, mais le plus gros est fait ! J’adore faire partie de ce projet. Ça fait bien longtemps que je suis persuadée que les plantes, que l’on trouve partout autour de nous, sont la solution à beaucoup de nos problèmes. Alors apporter mon petit grain de sable pour pérenniser et diffuser ces connaissances me fait plaisir et encore plus quand il s’agit de la Grande île.


Aujourd’hui je veux te parler de ma relation aux carnets. Installe-toi confortablement et fais-toi un café, j’ai pas mal de carnets !

J’ai toujours aimé les carnets et j’en ai toujours eu. Pourtant, pendant des années mes carnets accumulés sont restés vides. Je suis victime du « syndrome de la perfection du carnet  » ! Je voulais tellement que tout soit parfait, beau, utile, logique que je ne me lançais pas et que mes carnets ne me servaient à rien.

J’ai fini par me lancer sur mes premières missions terrain à Madagascar. Ma cousine ( coucou Karelle !) m’avait offert un beau carnet, relié en cuir que j’adore. J’ai donc décidé que ce carnet serait mon carnet de voyage et de terrain. J’ai dépassé ma peur de rater et ce carnet est un petit recueil tout fouillis de plein de choses. Il m’a suivi à Madagascar, au Gabon, au Panama, au Costa Rica, aux Fidji et en Australie. C’est un mélange d’histoires et d’anecdotes, de prises de données sur le terrain, de rencontre, de galères et bien sûr de plantes. Ce carnet est tout brouillon, mal écrit, taché, corné et pourtant il est plein de trésors, de mes trésors.

Petits extraits, je te mets des commentaires en italique pour le contexte

  • Dimanche 22 avril 2012, Antampimbato, dans le sud de Madagascar chez les Mikea
    J’étais en mission terrain chez les Mikea, derniers chasseurs-cueilleurs de Mada, récolte d’herbier et d’information sur les utilisations des plantes.

Demain on part récolter du côté de la forêt. Je me couche tôt car on doit se lever très tôt demain matin à la nuit, donc vers 5h du matin, j’imagine, avant que le soleil se lève. (Les mikea n’ont pas de montres !) J’ai du mal à m’endormir, ils chantent et jouent de la musique autour d’un feu ! J’ai en tête les images d’un banquet d’Astérix sous les étoiles !
5h du matin, prête à partir comme convenu. Il fait encore nuit, et toujours ce grand ciel étoilé au-dessus de nous. (Nous sommes en forêt, mais c’est une forêt sèche épineuse, aucune densité de feuillage et la canopée est très basse donc on voit très bien le ciel et les étoiles, on est loin de toute civilisation, donc de toute lumière, le ciel est magnifique ! ).
Il y a déjà un feu d’allumé sur le campement avec quelques personnes autour, surtout des enfants. Tout est calme, j’entends juste le chant de quelques oiseaux.
Simon mon guide a allumé notre petit feu. Il fait froid le matin, pas grande chose ne bouge. La nature dort encore, ou est un peu paralysée par l’humidité et le froid. Un bon café chaud, les pieds dans les cendres, je me réveille doucement, du moins j’essaye.
Je sens bien qu’on ne va pas partir aussi tôt que prévu et que je me suis levée pour rien ! Je prends le temps d’apprécier le moment.

  • 02-09-2015, Kuata, petite île fidjienne où j’ai vécu 3 ans

Napoleoni nous raconte :

Il y a 300 ans, ses grands- grands-parents (comme disent les fidjiens) étaient à Kuata. Ils vivaient dans la grotte de derrière. À cette époque-là ils étaient cannibales, ils mangeaient des gens et tout le monde le faisait. Même à Wayalailai, l’île d’en face, derrière les deux montagnes, il y a des grottes aussi. Il y avait également des villages. Certains dormaient sur le haut de Kuata pour surveiller la mer. Des clans « étrangers » cherchaient des îles pour s’installer. Quand ils arrivaient, on leur disait, que non, ils ne pouvaient pas rester ici et qu’ils devaient partir. Parfois ces étrangers ne voulaient pas partir, ils préféraient se battre. La règle : s’ils gagnaient ils prenaient l’île, s’ils perdaient, le clan de Kuata les prenait pour les tuer et les manger. Ils ne pouvaient plus s’échapper après avoir voulu se battre.


Ensuite, je me suis mise à écrire et j’ai un beau carnet de Stéphanie Law une artiste que j’aime beaucoup le bord des pages est relié, il est beau, je l’adore ! J’ai commencé à écrire fin 2017. Un peu sur le concept des pages d’écriture du matin, visualisation, analyse, envies, peurs, doutes, rêves… Dans ce carnet, j’écris en couleur, en variant à chaque fois.
J’ai lâché ce carnet en 2020, j’ai un peu l’impression que t’écrire ici sur cette newsletter comble mes besoins d’écriture même si ce que je te partage ici n’a rien à voir avec ce que j’écris dans mon carnet. Depuis il est toujours là, à portée de main, disponible pour quand j’aurais à nouveau envie ou besoin de lui.
J’ai aussi un peu analysé que j’aurai besoin d’écrire des choses tristes, pas très belles, des idées noires et que je ne voulais pas « salir » mon beau carnet pour ça ! D’où mon idée d’avoir un « cahier noir » ou d’écrire sur des pages volantes que je peux ensuite brûler pour laisser partir toutes ces ombres. À ce jour, je n’ai toujours pas de carnet noir, je bloque un peu sur l’idée de prendre du temps pour écrire des trucs tout pourri, mais qui sait ça viendra peut-être.


Évidemment j’ai des carnets de dessin ! Mais là aussi, j’ai dû apprivoiser mon perfectionnisme pour ne pas avoir que des carnets de pages blanches. J’ai trouvé ma solution en ayant différents carnets pour différentes choses.

J’ai un carnet de brouillon, aucune pression, c’est juste un carnet d’idées, de croquis, d’essais, de recherche, que j’utilise plus ou moins selon les périodes. Avant je faisais ça sur des pages volantes, mais je me suis rendu compte que ça peut être utile de garder toutes ces choses au même endroit. Ce carnet c’est mon « Kaye desin » mauricien !

J’ai un petit carnet de papier avec du papier aquarelle que j’avais acheté avant de retourner à Madagascar en mars 2020 juste avant le fameux coco ! Je voulais que ce carnet soit un carnet de voyage, avec des croquis sur le vif, chose que je ne sais absolument pas faire ! J’ai fait 2 pages sur place, puis on a dû rentrer plus vite que prévu à cause de la fermeture des frontières… Alors j’ai quand même dessiné un peu à partir de mes photos. Puis ce carnet est devenu mon carnet d’essais à l’aquarelle, au stylo, quand j’ai envie d’essayer quelque chose, d’apprivoiser des techniques, quand je m’inspire d’autres artistes, quand j’ai envie de gratouiller du papier avec mes rotrings et que je noircis une page entière de végétation et de tralalas à la Zampela ! Bref ce carnet est plein de petites choses que je valide ensuite sur mes dessins ou pas.

J’ai un grand carnet à dessin, un peu plus grand que du A4 je crois, que je dédie à mes études de dessin botanique. Je prends 1 ou 2 doubles pages pour une espèce, dessin mesuré, détails des fleurs, des fruits, des feuilles, des coupes, références de mes couleurs aquarelles, bref tout ce qui me sert à faire l’illustration d’une plante. Ce carnet va prendre de la valeur au fil du temps et devenir mon cahier de référence. Quand je voudrais illustrer une plante que j’ai déjà faite, tout sera dedans, je n’aurais pas à repartir de zéro sur l’étude avant de faire l’illustration. Pour l’instant, il n’y a que l’ylang-ylang et le début de mon étude du  baobab. La prochaine ?… La vanille ? Une fougère ? Qui sait ?!

J’ai en plus le même cahier en format A5 que je consacre aux plantes, mes rencontres végétales pour quand j’ai envie de dessiner simplement sans faire des plans sur la comète. Mais ce carnet me sert quand même quand j’ai besoin d’inspiration végétale.


Ce n’est pas fini j’ai aussi au quotidien mon bullet journal, mon Bujo ! Tu sais la fameuse méthode ou tu as seulement un carnet qui te sert à tout : calendrier, to do liste, organiseur, brainstorming, tracker, prise de notes, carnet d’adresses, liste de tout ce que tu veux. J’ai fait le premier en 2017 et depuis j’en ai 1 par an. Je ne pourrais plus m’en passer ! C’est mon allié quotidien de l’organisation et le témoin de tous mes projets.

Comme tu le vois j’ai toujours entre 5 et 7 carnets en cours autour de moi. Bien sûr quand ils sont plein leur descendance suit.

Et toi est-ce que tu as des histoires de carnets ?
Raconte-moi, tu pourrais me donner quelques idées pour faire grandir ma collection !

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