De 2010 à 2013, j’ai eu la chance incroyable de pouvoir rencontrer et de passer du temps avec les derniers chasseurs-cueilleurs de Madagascar. Mon mémoire, disponible sur demande, s’intitule: Les plantes spontanées et leurs usages chez les Mikea à Madagascar. Incidence de la déforestation sur l’évolution de leur mode de vie. Mais je vous en résume ici quelques points clés !

 

Les Mikea de Madagascar ce peuple qui sait vivre sans eau

La forêt des Mikea à Madagascar

 

L’ile de Madagascar se situe dans l’hémisphère sud, dans l’océan indien, en face du Mozambique. Séparée du continent africain depuis 160 millions d’années et isolée de toute autre terre depuis 80 millions d’années, elle est un des « points chauds » de la biodiversité dans le monde. Au moins 80 % de la faune et de la flore y sont endémiques.

La forêt des Mikea est située dans le sud-ouest de Madagascar. Cette forêt s’étend sur une vaste étendue littorale de 180 km sur 75 km environ. La région dans laquelle se situe la forêt des Mikea est soumise à un climat tropical aride avec une saison des pluies très courte, de novembre à mars et une saison sèche d’avril à octobre. La forêt des Mikea est caractérisée par la pauvreté de ses ressources en eau. Dans son ensemble, le massif forestier des Mikea est constitué d’une végétation sèche, dense et épineuse.

Si les forêts malgaches ont la particularité d’avoir un taux d’endémisme élevé, la forêt des Mikea constitue un écosystème unique sur l’ile, car aucune autre forêt malgache ne possède ses particularités.

Entre légende et réalité, les Mikea sont un des peuples les plus mystérieux de Madagascar

 

Entre légende et réalité, les Mikea sont un des peuples les plus mystérieux de Madagascar. Ils restent peu connus, voire même parfois inconnus des autres Malgaches de l’ile. Pour certains, ils sont assimilés à des Pygmées par leur petite taille et leur mode de vie. Pour d’autres, ce sont des vazimba, premiers habitants hypothétiques de l’ile. D’autres parlent de petits êtres poilus qui deviennent invisibles quand les vazaha, les étrangers, approchent.

Les Mikea sont un peuple forestier nomade qui vit essentiellement de chasse et de cueillette, dans la foret des Mikea, dans le sud-ouest de Madagascar. Malgré des particularités telles que de vivre sans ressources en eau, les Mikea ont fait l’objet de peu d’études. Dans leur mode de vie traditionnel, les Mikea sont entièrement tributaires de la forêt. Ils y trouvent les plantes qu’ils utilisent à des fins alimentaires, médicinales, pour pratiquer leurs croyances et leurs arts divinatoires, mais aussi pour construire leurs habitations.

Cependant, comme les autres forêts malgaches, la forêt des Mikea n’est pas épargnée par la déforestation. La régression de cette forêt, malgré sa protection par sa mise en statut d’aire protégée depuis 2007 et la création officielle du Parc National Mikea en 2011, les oblige à changer leur mode de vie avec comme conséquence possible l’oubli des connaissances des plantes et de leurs usages.

Le babo, la plante essentielle à la survie des Mikea

 

Dans cette région aride du sud-ouest de Madagascar, l’eau est une denrée rare, voire quasi inexistante. Les Mikea ont réussi à pallier le manque d’eau par les tubercules de babo.

Lorsque l’eau fait défaut, le jus de babo est utilisé dans les préparations. Le jus de cette espèce est extrait en râpant la chair du tubercule avec une petite râpe, ou une coquille d’escargot de grande taille. Le babo râpé est ensuite filtré avec un morceau de tissu et pressé afin d’en exprimer le jus utilisé en solution aqueuse.

Sa chair est blanche avec une texture crue proche de celle de la pastèque, mais non sucrée. Pour récolter ces tubercules, les Mikea creusent le sable à l’endroit où sort la tige de la plante. Les Mikea creusent le sol avec le talon de leur sagaie, puis ils retirent le sable avec la kipao, une sorte de petite pelle en bois.

Le babo est consommé cru, car c’est sous cette forme qu’il hydrate le plus. Mais, il peut aussi être cuit sous la cendre ou grillé au feu de bois.

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5 Comments

  1. Farpaitement !
    Et les photos, simplement merveilleuse.
    Manu

  2. Je me souviens des premiers documentaires sur les Mikea dans le Sud aride de Madagascar. Les groupes, puisqu on peut pas dire tribu ou peuple,  Mikea ont fascine les malgaches et les etrangers. Inconnus, insaisissables invisibles  eux aussi, ils hantent depuis toujours les forets du Sud et se rassemblent de temps a autres pour des rites mysterieux. Moi, qui croyait que Madagascar etait totalement conquis , etais bien etonne de l existence de ces etres.

    1. Bonjour, je vous remercie pour votre commentaire 🙂

      Les Mikea sont aujourd’hui un peu plus connus, et n’ont rien des petits êtres insaisissables des 1ères légendes à leur sujet. Par contre ils ne hantent pas la forêt, ils y vivent simplement et leurs rites ne sont pas plus mystérieux que d’autres rituels ou cérémonies malgaches.

      Je précise qu’on peut effectivement parler de groupe, mais également de peuple ou de tribu les concernant. Un peuple est par définition un ensemble d’êtres humains vivants en société, formant une communauté culturelle, et ayant en partie une origine commune ce qui est le cas pour les Mikea ; une tribu par définition est un groupe humain rassemblant plusieurs familles sous l’autorité d’un même chef et sur un territoire donné c’est un synonyme de groupe.
      Les Mikea sont avant tout des Malgaches. 18 ethnies sont officiellement reconnues à Madagascar, les Mikea de par leur particularité, leur mode de vie, leur culture, leurs savoirs pourraient être la 19.

  3. Vous avez une très belle plume. Je salue cela particulièrement.
    Avez-vous d’autres informations sur cette ethnie?
    Je vous remercie de votre sollicitude.

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